La légende de Jean Barbotte

Parmi les nombreuses histoires transmises de génération en génération à Domfront, aucune n’est sans doute aussi célèbre que celle du « pendu de Domfront ». Cette légende trouve son origine dans les événements qui suivirent la prise de la ville en 1574, à la fin du siège mené contre les partisans protestants de Gabriel de Montgommery. Après la capitulation de la place forte, plusieurs habitants favorables à la Réforme furent poursuivis et certains condamnés.

La tradition locale rapporte qu’un meunier nommé Jean Barbotte, établi près de Notre-Dame-sur-l’Eau, réussit dans un premier temps à échapper aux recherches en se réfugiant dans les forêts environnantes. Pensant le danger passé, il serait revenu à Domfront quelques mois plus tard, à l’occasion d’une foire. Reconnu par d’anciens adversaires, il aurait été arrêté presque immédiatement, jugé sans délai puis conduit au gibet. C’est alors qu’il aurait prononcé la phrase restée célèbre dans tout le Domfrontais :

« Domfront, ville de malheur ! Arrivé à midi, pendu à une heure ! »

Selon certaines versions, les gardes auraient même ajouté avec ironie :  «  Même pas  le temps de dîner. »

Au fil des siècles, cette formule est devenue l’un des dictons les plus connus de la ville. Elle figurait encore au début du XXᵉ siècle sur des cartes postales humoristiques et demeure aujourd’hui un élément important du folklore local.

Où se trouvait le gibet ?

C’est l’une des questions qui continue d’alimenter les discussions entre passionnés d’histoire locale. Aucun document connu ne permet aujourd’hui de localiser avec certitude le lieu de l’exécution. Deux hypothèses sont généralement avancées.

La première situe le gibet sur l’actuelle place de la Petite-Brière, à proximité immédiate de la ville sur le champ de foire.

La seconde, souvent considérée comme plus spectaculaire, place l’exécution à l’emplacement de l’actuelle croix du Faubourg sur le champ de foire aussi. Ce site, situé sur un point plus dégagé à l’extérieur de la cité, aurait permis de rendre le supplice visible de très loin. À une époque où les exécutions publiques avaient également une fonction d’exemple et d’intimidation, un tel emplacement aurait présenté un avantage évident pour les autorités. En l’absence de preuves archéologiques ou de documents précis, aucune de ces hypothèses ne peut être confirmée avec certitude.

Entre histoire et légende

Si le contexte historique est bien réel — le siège de Domfront, la présence de Gabriel de Montgommery et les représailles qui suivirent sa défaite — les détails concernant Jean Barbotte appartiennent principalement à la tradition orale. Comme beaucoup de récits populaires, la légende du pendu de Domfront mêle ainsi des événements authentiques à des éléments transmis et embellis au fil des générations.

Qu’elle soit entièrement vraie ou partiellement légendaire, elle demeure aujourd’hui l’un des récits les plus emblématiques de l’histoire domfrontaise et témoigne de la mémoire encore vivante des guerres de Religion dans la cité.