Rue des Barbacanes et tours de Godras

Pour quiconque arpente la cité médiévale de Domfront-en-Poiraie, la rue des Barbacanes intrigue. Située en contrebas des structures fortifiées à l’est du plateau, elle offre un visage surprenant : d’un côté, la puissance brute des remparts de pierre ; de l’autre, un grand vide résidentiel. Ce contraste saisissant n’est pas un choix d’urbanisme moderne, mais la conséquence directe de l’un des épisodes les plus douloureux de l’histoire de la ville.

Voici la véritable histoire d’une rue médiévale devenue un lieu de mémoire.

Les barbacanes : Le premier rempart de la cité

À l’origine, au Moyen Âge, la rue tire son nom des structures militaires avancées qui la surplombent : les barbacanes de Godras. Ces fortifications en fer à cheval protégeaient les accès abrupts de la ville et permettaient aux défenseurs de repousser les assauts avant même que l’ennemi n’atteigne le cœur de la place forte.

Pendant des siècles, la rue s’est développée au pied de ces murailles, s’alignant de petites habitations populaires  imbriquées dans le relief rocheux.

Le tournant tragique du 14 juin 1944

Le destin de la rue bascule définitivement quelques jours après le Débarquement de Normandie. Pour empêcher les renforts allemands d’atteindre le front et bloquer les carrefours stratégiques, l’aviation alliée bombarde massivement Domfront.

Le 14 juin 1944, des bombes s’abattent de plein fouet sur le secteur des remparts Est. Le choc est dantesque :

  • Les habitations qui bordaient la rue des Barbacanes sont pulvérisées ou incendiées.

  • Le pont de Godras, qui enjambe la rue, est sévèrement touché, laissant un trou béant dans sa voûte.

  • L’une des deux tours de Godras, situées juste au-dessus, est durement impactée par les déflagrations.

À la Libération, à la mi-août 1944, les photographies des archives américaines (US NARA) montrent une rue des Barbacanes méconnaissable, transformée en un immense champ de ruines et de gravats où les pelleteuses du Génie américain s’activent pour rouvrir la voie.

La rue des Barbacanes aujourd’hui : Un espace de mémoire épuré

Contrairement à d’autres quartiers reconstruits, la rue des Barbacanes n’a jamais vu ses maisons détruites rebâties. Le choix a été fait de laisser la part belle à la roche et à la mise en valeur des fortifications médiévales.

Aujourd’hui, l’absence d’habitations donne à cette rue une atmosphère particulière, presque solennelle. Elle sert de liaison piétonne et touristique, permettant d’admirer la verticalité des remparts subsistants.

Ce grand vide sur le côté extérieur de la rue est le témoin silencieux du prix que Domfront a payé pour sa libération à l’été 1944.