La gare
Si les trains n’y sifflent plus depuis bien longtemps, la gare de Domfront (Orne) raconte à elle seule une page fascinante de l’histoire industrielle, des tragédies de la guerre et de la reconversion écologique de la Normandie. Voici l’histoire d’un carrefour ferroviaire devenu le paradis des cyclotouristes.
Inaugurée le 18 mai 1874, la gare de Domfront n’était pas une simple halte de campagne. C’était une véritable gare de bifurcation, un nœud stratégique au croisement de plusieurs lignes majeures :
La ligne de Laval à Caen
La ligne d’Alençon à Domfront, prolongée vers Pontaubault et la baie du Mont-Saint-Michel.
À l’époque, le quartier de la gare (la ville basse) bourdonne d’activité. Les voyageurs y transitent pour rejoindre les plages normandes ou les villes du Maine, tandis que les trains de marchandises chargent le grain des coopératives agricoles locales, le bois et les produits des distilleries du Bocage. L’animation est telle que de nombreux hôtels-restaurants s’installent tout autour des voies pour accueillir les cheminots et les voyageurs.
Le drame de 1944 : La gare sous les bombes
En raison de sa position stratégique de carrefour, la gare de Domfront devient une cible prioritaire pour les Alliés lors de la Seconde Guerre mondiale afin de couper les lignes de ravitaillement allemandes avant le Débarquement.
Le 28 mai 1944, un raid de chasseurs-bombardements (probablement des P-47 Thunderbolt américains) frappe de plein fouet le quartier de la gare. Le bâtiment voyageurs d’origine est pulvérisé, les voies sont sectionnées et le réservoir d’eau des locomotives est criblé de balles. Miraculeusement, le chef de gare et sa famille survivent, mais le quartier est dévasté.
Après la Libération, un nouveau bâtiment voyageurs est reconstruit dans un style plus sobre, fidèle aux matériaux traditionnels de la région.
Le déclin et la métamorphose en Voie Verte
Avec l’avènement de la voiture et le déclin des petites lignes secondaires, le trafic s’essouffle après-guerre :
Le service voyageurs est définitivement fermé dans les années 1970/1980.
Le transport de marchandises résiste un temps, mais la gare ferme définitivement ses portes en 1996.
Cependant, l’histoire ne s’arrête pas là. Au lieu de laisser le patrimoine à l’abandon, le département et la région ont transformé les anciennes lignes de chemin de fer en Voies Vertes.
Aujourd’hui, l’ancienne gare de Domfront est devenue le point de jonction de deux itinéraires cyclables d’envergure européenne :
La Véloscénie (qui relie Paris au Mont-Saint-Michel).
La Vélo Francette (qui relie Ouistreham à La Rochelle).
Le bâtiment de la gare, aujourd’hui reconverti en habitation privée, voit défiler chaque année des milliers de cyclotouristes et de randonneurs qui profitent d’un parcours plat, ombragé et totalement sécurisé au cœur du Bocage normand. Un magnifique exemple de patrimoine historique recyclé en poumon vert et touristique.












